Saine

Engagée

Cuisine

Vibratoire

A la rencontre de Capsicam

Alors là, c’est de l’incroyable, du jamais vu, et même du jamais imaginé ! Moi qui adore les saveurs exotiques mais qui promeut les productions intimistes et locales, je peux enfin réaliser un de mes rêves : travailler localement avec des ingrédients aux saveurs d’ailleurs. Si, si ! Je vous emmène en voyage chez Camille, en Ariège.

A peine arrivée et je me sens déjà dépaysée. Une musique et une chaleur tropicale naturelle m’accueillent. J’adore !

Comment l’histoire a débuté ? Qu’est ce qui t’a mené à ce projet ?

« Depuis toute petite, je dis que je veux être fermière. Pourtant, mon parcours m’a d’abord menée ailleurs : vers l’architecture. J’ai choisi cette voie parce qu’elle me permettait de créer, de réfléchir à l’habitat et à la relation entre l’humain et son environnement. Dès mes débuts, je me suis naturellement orientée vers l’éco-construction, avec une forte sensibilité aux matériaux naturels et aux techniques respectueuses du vivant.

Je m’installe à mon compte fin 2018 et réalise alors de nombreux projets de maisons en paille et en matériaux biosourcés. En parallèle, en 2019, je cofonde une ferme en maraîchage et élevage de poules pondeuses avec mon compagnon de l’époque. Cette expérience m’a permis d’apprendre le métier de la terre, de comprendre les cycles, les besoins du sol, et de confirmer mon goût pour la production agricole.

Lorsque nos chemins se séparent, je ressens l’envie de créer un projet encore plus personnel, en me posant une question simple : qu’est-ce que j’aime encore plus que les légumes ? La réponse s’est imposée d’elle-même — les épices, bien sûr ! 

C’est ainsi qu’est née Capsicam, une ferme dédiée aux épices d’ailleurs cultivées ici, en Ariège. Pour cette première année, je cultive sur un hectare, avec 500m2 en plein champs et 300 m² sous serre, où se mêlent piments, gingembre, curcuma et citronnelle.

Et parce qu’une ferme ne serait pas la même sans ses habitants à quatre pattes, j’ai la chance de partager mon quotidien avec un chien, deux chats, deux juments et deux ânes. Leur présence m’est précieuse : ils font partie de l’équilibre du lieu et participent à leur manière à la gestion et à la vie du terrain. »

Pourquoi les saveurs exotiques en particulier et lesquelles ?

« Mes voyages en Inde, puis dans d’autres pays d’Asie, m’ont énormément inspirée. J’y ai découvert une cuisine simple et généreuse, où les épices sont au cœur de tout : elles relient les saveurs, apportent de la couleur, de la chaleur, et font du bien au corps.

Ces voyages m’ont donné envie de retrouver ici, en Ariège, un peu de cette énergie et de ces parfums d’ailleurs. J’aime l’idée de cultiver localement des plantes qui racontent le voyage : piments, gingembre, curcuma, citronnelle… des saveurs qui réchauffent et réveillent les sens.

On me surnomme parfois “Madame Curry”, parce que je prépare presque tous mes légumes comme ça ! C’est un plat qui me ressemble : plein d’épices, de couleurs, de douceur et de vie. »

Quelles sont les particularités de culture de ces ingrédients sur sol Ariégeois ?

« Les piments s’adaptent très bien au climat local, que ce soit sous serre ou en plein champ. Certaines variétés sont plus originales que d’autres, comme le piment ají charapita, une petite perle jaune au parfum fruité. Globalement, ils apprécient bien la chaleur ariégeoise de l’été et poussent sans difficulté particulière.

Les rhizomes comme le gingembre et le curcuma, eux, demandent un peu plus d’attention. Notre saison est plus courte que sous les tropiques, alors je les démarre tôt, dès février-mars, avec un peu d’aide d’une plaque chauffante pour encourager la germination. Les plants se développent ensuite à partir de mai-juin et je récolte de septembre à décembre.

Le sol sableux de la ferme est un vrai atout : il draine bien l’eau et permet aux rhizomes de se développer sans s’abîmer. Le seul défi, c’est le manque de chaleur en fin de saison — le gel arrive souvent avant qu’ils n’aient le temps de “faire leur peau”. C’est pour cela que je propose du gingembre et du curcuma jeunes, frais, plus juteux et très aromatiques. Ils se conservent un peu moins longtemps, mais leur parfum est incomparable. On peut bien sûr les faire sécher ou les congeler pour en profiter toute l’année. »

Trop ! J’ai eu le privilège et la fierté de transformer mes 1ers rhizomes de curcuma ariégeois en cette poudre d’or. Qui c’est qui va pouvoir se régaler de saveurs d’ailleurs mais d’ici ????

« Cette 1ère année, c’était un test pour savoir comment se déroulaient ces cultures. J’ai eu des petits soucis en début de saison avec le gingembre et la mouche du terreau. J’ai déjà appris beaucoup sur ces cultures et il va me falloir viser plus grand l’an prochain, car j’arrive déjà à la fin de ma production. »

Plus concrètement, quel est ton cycle de Saisonnalité ?

Printemps : Fraises, herbes aromatiques, fleurs comestibles, carotte botte

Eté : Piment, poivrons, aubergines thai, herbes aromatiques, fleurs comestibles

Automne : Gingembre, Citronnelle, curcuma, kiwano

Hiver : Produits transformés à partir de toute la production

Pourquoi le nom de Capsicam ?

 

« Capsicum Annuum est le nom scientifique de l’espèce regroupant de nombreuses variétés de poivrons et de piments. En cherchant une identité pour mon entreprise, j’ai voulu rendre hommage à l’origine de mon inspiration. Le nom Capsicum m’a immédiatement séduite, et en y intégrant mon prénom, Camille, est né Capsicam »

Quelles sont tes méthodes de travail ?

« Capsicam est certifié bio. Une évidence. 

Je travaille sur sol vivant, le sol est très peu travaillé et toujours couvert L’idée est de favoriser la fertilité naturelle par l’apport de matière organique. 

Je cherche aussi à accueillir le plus de biodiversité possible. C’est la raison pour laquelle je cultive et commercialise également des fleurs comestibles, qui sont à la fois belles, bonnes et qui attirent de nombreux insectes bénéfiques. Les feuilles de gingembre et curcuma ne sont pas encore valorisées en tant que tel et les utilisent pour couvrir le sol. Rien ne se perd ! »

« En ce qui concerne l’arrosage, j’utilise un programmateur d’irrigation qui me facilite bien la vie. Je prévois l’arrivée d’un bassin d’irrigation sous peu afin de récupérer les eaux de pluie et de ruissellement afin de préserver cette ressource indispensable.

J’ai plusieurs espaces :

  • un espace de plein champ où je cultive des petits fruits dont les fraises, que voilà encore fin octobre, …
  • un verger en devenir avec des agrumes rustiques (yuzu, sudachi, mandarine satsuma),  poivrier du Sichuan  et des grenadiers. On se retrouve d’ici 3 à 4 ans pour la 1ère production
  • un espace hors sol en bacs rehaussé où je cultive quelques aromatiques pour les restaurateurs partenaires (mélisse, menthes, agastache, coriandre vietnamienne, sauges, sarriette…)
  • les 3/4 de la serre où se retrouvent piments, kiwano, gingembre, curcuma… et en hivers des engrais vert et des cultures pour mon autonomie alimentaire
  • un autre côté qui est à visée expérimentale. J’ai par exemple un poivrier du mexique, un combava, du galangal, une cardamome… Et j’envisage d’autres plantations pour une palette exotique encore plus diversifiée »

« L’idée derrière Capsicam, c’est aussi de faire voyager les gens depuis leur cuisine, à travers des saveurs pleines de caractère et des recettes simples à partager. Pour éviter les pertes et profiter des récoltes toute l’année, j’ai élaboré une première gamme de purées de piments qui me ressemble : colorée, avec différentes saveurs, et avec plusieurs intensités, de la plus douce à la plus forte.

J’ai réalisé moi-même les étiquettes des bocaux, parce que j’aime que tout, du champ jusqu’au pot, reflète mon univers.

Je commence aussi à travailler sur une gamme d’épices séchées, moulues ou entières — curcuma, piments, paprika — et j’ai encore plein d’idées en tête : chutneys, sirops, les tests sont déjà en cours mais il faut du temps pour tout cela !

Je transforme actuellement mes produits aux ateliers Renova, un atelier coopératif situé à seulement 3 km de la ferme, en attendant la fin des travaux de mon propre atelier de transformation dans les bâtiments existants. »

« Heureusement, ici, le tissu local est très solidaire. Il y a une vraie entraide entre producteurs : prêts de matériel, coups de main, échanges de savoirs ou de bons plans de vente… Ce réseau est essentiel quand on démarre. C’est ce qui rend ce métier encore plus riche humainement. »


Peux-tu nous en dire plus sur ton emploi du temps ?

« J’ai la chance de pouvoir jouir d’une certaine polyvalence : le matin c’est généralement au champs, puis j’alterne entre transformation, mes animaux et mon métier d’architecte que je poursuis en parallèle. Je fais une pause l’hiver sans commercialisation afin d’avancer sur les autres projets et me reposer un peu aussi ! »

Avec qui travailles-tu ?

« Je vends à des restaurateurs à Toulouse et en Ariège : Agapes, Mado, Grave, Vesubio, La Couleur du Renard … et désormais un traiteur : KléZia 😉

Je cherche des professionnels engagés avec qui créer une vraie relation d’échange. Je suis prête à essayer de nouvelles plantes et faire évoluer le catalogue selon leurs besoins.

L’entreprise est encore en développement après cette première saison et je cherche de nouveaux partenaires. »

Où trouver les produits Capsicam ?

  • En ligne : https://www.capsicam.fr/boutique 
  • Épiceries Locales : Localim 09 aux Bordes sur Arize, La Récolte Paysanne à Saint-Girons, L’épicerie d’ici à Baulou)
  • Sur les marchés via des collègues producteurs : >Castanet Tolosan le mardi matin – sur le stand des jardins du Canabera
    >Montbrun-Bocage le dimanche matin – sur le stand de la ferme l’Arizière
  • Sur les points de vente à la ferme : 
    >La ferme des Croquants le mardi soir à La Bastide-de-Besplas
    >
    Les jardins de Canabera le jeudi soir à La Bastide-de-Besplas

« L’entreprise étant en développement, le mieux reste de s’abonner à la page instagram ou facebook pour avoir les nouveaux points de vente ou sur mon site internet « 

Pour ma part, j’ai passé un moment au paradis sous les tropiques !! Comme quoi, pas besoin d’aller bien loin pour voyager. Oubliez désormais le dicton “quand les poules auront des dents” !

Je suis repartie bien chargée de merveilles aussi insolites que vibrantes, gorgées de soleil.
Des idées et envies prennent forme. Je vais lancer mon 1er levain de gingembre frais pour tenter de la Ginger Beer pour nos prochaines prestations ! J’ai une demande d’entremet exotique. Pour une fois, je vais pouvoir répondre favorablement 😉 Un mélange de gingembre & combava, arrondi par la douce fleur d’oranger… 

Merci Camille pour cet accueil et le partage passionné et passionnant de ton univers.